Compte-rendu du Hyménoptères à Barneville-Carteret (50)

 

Stage Hyménoptères : des clefs pour découvrir ce monde encore peu connu.

 

Dynamisme et convivialité autour de l'étude des petits animaux du Massif armoricain et du Cotentin deviennent légendaires pour le GRETIA.
L'enquête sur la richesse de notre petit patrimoine naturel discret mais ô combien indispensable pour le maintien de la biodiversité et à la vie humaine, avance dans la Manche et le Massif armoricain. Cette fois-ci, ce sont les amateurs de guêpes et d'abeilles qui se sont retrouvés au rendez-vous fixé par Claire au Centre de loisirs et de vacances de Barneville-Carteret dans la Manche, les 7 , 8 et 9 juillet 2006.

Le tour de France à vélo n'a pas beaucoup contrarié nos chemins, le soir du 7, nous nous rallions autour du filet-flamme accroché sur le toit de la voiture stationnée devant le centre. Nous voici déjà à cinq, Claire, Patrice, Philippe, (avec les fameuses clés sous son joli chapeau de paille), Gilles et moi ; une table est tirée sur la terrasse pour faire connaissance autour d’un verre d’apéritif, être vus par les nouveaux arrivants, et partager nos repas tirés de nos sacs. Deux représentants des papillons de la Manche et du Massif armoricain, Nicole et Jean-Paul, informés par les antennes, rejoignent aussi le filet pour souhaiter gentiment la bienvenue au groupe. Un inconnu du genre Amphimallon ou Rhyzotrogus nous rejoint brutalement, malgré le temps frais, sur la terrasse du centre.

Samedi 8 matin, le reste du groupe arrive, comme une nuée sympathique, son matériel va rejoindre le laboratoire déjà installé la veille dans la salle à manger. Que de connaissances en perspective et d’échanges ! Apprendre à identifier des familles d'hyménoptères dans une ambiance ouverte, sans « chichi » ni esprit de concurrence avec l'aide de nos spécialistes bénévoles qui vont nous guider : un plaisir ! Une dizaine de filets flotte à la carrière du lieu dit Romont (50) autour de Philippe Sagot et Franck Herbrecht ; l’activité entomologique est frileuse dans l'enceinte de la carrière à 10 heures. Deux groupes se constituent et explorent deux endroits proches et différemment exposés, le ciel couvert voile le soleil, beaucoup de mouches syrphidés déjà très toniques passent avec frénésie d'une fleur blanche à une autre, affamées par un besoin d'énergie vite consommée par la température et le vol. Midi, les rayons du soleil arrivent, attirant très vite les abeilles sociales et solitaires étroitement surveillées par leurs parasites, les nombreuses guêpes à la taille légendaire...

Bembix rostrata, Les Moitiers d’Alonne (50), 8/VII/06 (Photo C. Mouquet)

A 13 heures, satisfaits de nos observations et récoltes, nous laissons une carrière toujours aussi bourdonnante pour prendre la direction des dunes d’Hatainville où Didier Roustide et sa famille nous rejoignent. Les vagues de sable immobilisées de la plage (grises dans les creux et blanches sur les crêtes où poussent quelques oyats épars) nous hébergent avec nos paniers pique-nique. Un léger vent agréable nous fait supporter le soleil pendant qu'autour de nous s'active la petite faune ailée. Sophie, jeune entomologiste en herbe, va de découvertes en découvertes, écourtant son repas, Rémy, l'amateur de charançons, nous rejoint. Après le café qui coulait des thermos, la majeure partie du groupe, conduite par Rémy, s'est dirigée vers une zone humide dans les arrières dunes, d'autres ont prospecté le premier cordon dunaire , d'autres sont restés allongés à plat ventre sur le haut d'une dune à épier les activités des Bembix, notant que quatre proies avaient été apportées dans le même nid en deux heures de temps, et d’une grosse mouche asilide venue enfoncer par trois fois l'extrémité de son abdomen dans le sable à l'ombre d'un bâton !

La sortie de récolte terminée, voilà qu'il nous tarde de connaître nos insectes capturés. C'est d'abord la séance de préparation qui doit être méticuleuse en piquant d'abord l'insecte mort avec une aiguille afin de le mobiliser facilement sous la binoculaire. La moindre zone, où qu'elle soit, doitêtre visible afin d'y repérer les caractères d'identification cités méthodiqueme nt dans la clé. L'individu choisi est placé sous l'oeil de la loupe binoculaire. Et c'est toujours, pour chaque insecte, une première découverte : sa beauté, sa structure et tous ces détails inabordables à l'oeil sur l'insecte en activité ! Et puis on veut savoir à qui on a à faire, mâle ? femelle? Guêpe, abeille, copie de guêpe (ces abeilles incapables qui imposent l'élevage de leurs rejetons aux dépens des abeilles solitaires !). On s'imprègne de l'anatomie de nos bestioles et on mène l'enquête... recherche des caractères abordés dans la clef et leurs concordances sur l'anatomie des captures. Là, patience et attention sont de rigueur. Il ne s'agit pas d'aller vite, seul ou à deux, devant la binoculaire, nous nous armons de courage, poussés par la passion de la découverte et c'est parti pour compter les articles antennaires : 13 ou 14 articles antennaires … deux ou trois cellules submarginales… la progression bute parfois, reprise par nos spécialistes, mais le chemin avance sur les clés et permettent d'arriver à la récompense : le nom scientifique de l'insecte après vérification !

Résultats encourageants qui font progresser l'accès aux déterminations suivantes car la morphologie de l'hyménoptère est maintenant maîtrisée. Les binoculaires sont peu nombreuses mais tout se déroule dans le partage d'un intérêt commun, de même pour la documentation fournie par nos spécialistes, mais si l'étude nous intéresse toujours, il faudra que chacun puisse investir dans des documents onéreux, mais par qui donc se fait toute cette recherche sur la nature à grande échelle ? Les petits travaux de fourmi (autre hyménoptère), accolés les uns aux autres, créent des réseaux de connaissances pour comprendre cet immense laboratoire naturel de plein air, sans cesse modifié par l'homme, qui n'a pas encore perçu son effet destructeur de nature, lui qui pourtant s'inscrit aux sorties randonnées sans doute pour le plaisir de la vue et du bon air, mais ne peut s'empêcher d'écraser volontaireme nt ce qui se mobilise en rampant étrangement, comme les coléoptères qui traversent son chemin ! Après le diner, la séance de détermination reprend. La nuit tombe.

On commence à murmurer au sujet d'un ronflement semblable à un groupe électrogène dans une chambre, la nuit dernière... comment va se passer cette nuit ? Dimanche 9, 8h30 : on entend des lève-tôt discrets qui retournent à la salle à manger-laboratoire, et après le petit déjeuner des douze"hyménoptéristes", tout le monde se mobilise pour terminer l'étalage des insectes et reprendre les déterminations, butant sur un lobe pronotal, une appellation de cellule baptisée différemment dans un autre manuel, ou sollicitant l'avis du voisin sur une interprétation... arrive le repas de midi puis certains prenne nt de s ailes pour retourner avec plaisir à la détermination sous la binoculaire. Le temps est passé vite, trop vite... nous avons le souvenir d'une ambiance de ruche enrichie du partage de connaissances dans la convivialité, d’enrichissement personnel, et peut-être la satisfaction d'avoir contribué à apporter du nouveau sur la liste des hyménoptères de la Manche, que nous allons essayer encore d'enrichir depuis chez soi ! Nous aurons certainement l'occasion de nous retrouver pour d'autres stages de détermination, avec le Gretia, on peut avoir confiance, c'est une véritable ruche !

A bientôt,

Monique Stumpf, Bulletin n°34 du Gretia, 3 ème trimestre 2006

 

 


 
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